Produit des processus politiques et économiques, le paysage contemporain évolue aujourd’hui jusqu’à disparaître dans son assujettissement. Les «tiers paysages» ou les «non lieux» de Marc Augé se multiplient avec analogie à grande échelle, alors que les périphéries saturées des villes se cloisonnent dans des architectures impersonnelles et déshumanisées. «Lorsqu’un paysage a perdu sa cohérence, disait Alain Buttard, le seul sens que puisse lui donner un photographe, c’est celui de la cohérence perdue!». Lauréats de nombreux prix internationaux et de bourses de mécénat, mes divers travaux proposent de questionner les relations politiques, économiques et culturelles à l’œuvre entre les hommes et les paysages.

Au sein d’espaces vernaculaires, microscopiques à l’échelle d’un territoire, mes études photographiques tentent de renouveler les postulats émis par la DATAR et le géographe américain John B. Jackson dans les années 80. Les prises de vues qui les composent n’ont pas de sujet propre, pas d’intention particulière visant à une représentation objective d’une «vérité» du paysage. Composant une mise à distance ontologique, le point de vue aérien est utilisé comme outil et non comme finalité, permettant ainsi, au travers d’un parti pris pictural très fort, de se dégager des codes de la discipline. S’inscrivant dans la sérialité, les photographies font sens et corps sans individualité grâce au respect d’un protocole de réalisation rigoureux, à la sélection précise des lieux capturés, et au dessin de cadrages volontairement désorientants. L’abstraction, la platitude et la neutralité sont ici revendiqués comme interfaces entre le fond et la forme des sujets, construisant minutieusement ce que Barthes nommait des «photographies pensives».

Cette transfiguration du paysage enregistré en tableau abstrait conduit tout d’abord à remettre en question le médium photographique dans sa capacité à retranscrire le réel. L’instauration d’une véritable confusion entre photographie et peinture invite à porter sur les paysages un regard nouveau, singulier et sensible. La suppression d’éléments majeurs – le ciel, la ligne d’horizon ou les infrastructures identifiables – nous perd dans un univers irréel que nous ne parvenons plus à reconstituer mentalement de notre point de vue familier. Dès lors, il ne reste de la réalité que des géométries radicales ou des textures indécises, des lignes totalitaires ou des frontières confuses. Pour quitter la dialectique imaginaire des formes et des couleurs, nous devons décrypter l’image afin d’accéder à la compréhension de sujets issus d’un monde que nous savons réel, mais que nous ne pouvons immédiatement accepter.

Dans un second temps, la conjugaison du point de vue aérien et de l’abstraction permet d’interroger la capacité de nos territoires contemporains à délivrer une quelconque forme d’intelligibilité. Que regardons-nous ? Que faisons-nous ? Que construisons-nous ? Le choix des lieux et de leur représentation nous renvoie à la contemplation fascinée du chaos tout en proposant, dans leur rendu, une tentative de réconciliation avec une possibilité du paysage. Dénigrés comme «lieux» à part entière, les espaces ici capturés se transforment en objets portant dans leur forme un engagement social et révélant, comme dans les productions d’Holger Trülzsch, «une matrice» et une identité universalisée de nos sociétés. Entre la nécessité de capturer le réel et celle de sa transfiguration en tableaux, mes photographies tentent ainsi d’apporter à nos territoires contemporains un réalisme nouveau.

27/09-15/12 2016 Expo virtuelle \ Christine Coblentz \ Colette Aussedat \ Gérard Guerre \ Jean-Daniel Laumonier Manoll \ Jérémie Lenoir \ Julie Gauthron \ Martine Ménard-Rozé \ Michel Lebois
Parcours

Démarche artistique

Protocole de réalisation

Territoires Occupés (2007-2009)

Entre Loire et Océane (2010-2011)

White spaces (2012-2013)

L'autre Paris (2010-2013)

Vidéo "Marges"

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Jérémie Lenoir
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